Bob

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Le barman ignora Bob alors qu’il lui faisait des grands signes pour commander une autre bière…ça commençait à l’énerver et fallait pas trop le chauffer Bob La Castagne.

Bob avait toujours adoré les bastons dans les bars. Il avait fait ses débuts avec les hooligans du club de Manchester et avec eux, il avait descendu pas mal de pubs dans les années 90.

Les hurlements, les verres brisés, les chaises qui volaient : c’était ça son truc ! Un moment où il se sentait vraiment vivre. Il ne se lassait pas du spectacle de tous ces gens qui fuyaient en courant dans l’espoir d’échapper à ce déchainement de violence.

Tout ça était trop bon. Avec le temps il avait fini par devenir un vrai pro, presque un artiste.

En bon hooligan, il n’avait pas de préférence, petit troquet de quartier ou grand pub de centre ville, il était preneur.

C’est vrai qu’à 38 ans il avait payé cher son petit hobby. Au total, 46 mois de taule pour violences aggravées, dégradations et autre coups et blessures, sans compter plusieurs injonctions thérapeutiques pour un prétendu alcoolisme…

En plus, quelques séjours à l’hosto avaient finalement réussi à calmer l’enthousiasme de sa jeunesse. Sa période de probation n’était pas encore terminée, il aurait mieux fait de se la jouer profil bas pendant quelques temps.

Il faut dire que presque tous ses collègues avaient quitté la partie, beaucoup s’étaient rangés, d’autres étaient devenus des petits supporters du dimanche et certains avaient carrément disparus de la circulation.

Fini les soirée de beuverie jusqu’au bout de la nuit, fini les bonnes marrades avec les potes. Maintenant, il fallait faire son numéro en solo.

Après tout, c’était peut être le bon moment pour se ranger lui aussi, il était encore temps de rejoindre la civilisation.

Il leva son verre pour faire signe au barman qui l’ignora encore une fois… C’était trop ! Son sang se mit à bouillir. Bob attrapa le grand tabouret en bois à coté de lui, vu son poids il serait parfait pour exploser les rangées de bouteilles derrière le comptoir.

Il eut un grand sourire, la civilisation allait l’attendre encore un peu : Bob était parti pour signer une nouvelle performance. Son lancé de tabouret fut superbe, dans le plus pur style La Castagne.

Bukowsky

Sam Windlock

 

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Une dernière fois, Sam Windlock regarda ces décors vides et abandonnés. Dans ces locaux déserts, les caméras ne filmeraient plus et les éclairages professionnels feraient place à l’obscurité. Les studios avaient fait faillite, c’était la fin d’une époque, les techniciens et les artistes qui bossaient ici autrefois n’étaient plus que des fantômes.

Le souvenir de tous les bons moments qu’il avait passés sur ces plateaux serrait son cœur. C’est ici qu’il avait fait ses premiers pas dans le métier, un peu par hasard, dans les années 70.

Il avait fait presque tous les jobs : électro, machino, cadreur et finalement assistant réal. Il avait appris sur le tas, patiemment, avec la persévérance des gens qui sont passionnés par leur métier. Attentif aux détails, toujours prêt à faire face aux changements de dernière minute, il avait su se faire apprécier de tous et réussi à gagner ce qu’il y a de plus précieux dans la profession : le respect.

Pendant des années, il avait enchainé les tournages, parfois pendant plusieurs semaines consécutives, souvent 12 ou 14 heures par jour. Sa vie privée en avait pris un coup mais la passion avait toujours eu le dernier mot.

La chance de faire le grand saut s’était présentée en 87 quand le réalisateur australien d’un film à gros budget avait planté la production en plein milieu d’un tournage. Il ne les avait pas déçu, loin de là, le public n’en était pas revenu. C’est depuis ce tournage là qu’on lui avait donné ce surnom qui ne l’avait jamais quitté : le magicien.

Par la suite, sa carrière avait connu des hauts et des bas, mais il avait toujours gardé la flamme, l’envie de donner le meilleur de lui-même sur chaque production.

Malgré tout, il fallait se rendre à l’évidence, petit à petit ce métier avait été miné par la concurrence et les nouvelles technologies. Le cinéma qu’il avait connu était en train de disparaitre. Les artisans et les esthètes comme lui devaient se retirer, leur temps était passé.

Sam reprit ses scriptes et referma la porte du petit local qui lui servait de bureau, il n’y reviendrait plus jamais. Avec un sourire de dépit, il regarda son dernier scenario dont le titre en lui-même était une promesse : Le retour de Sperminator.

Bukowsky

Yorg Klomig

 

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– Le voilà, ce petit salopard – se dit Yorg Klomig, le chasseur de primes le plus redouté de tout le système interplanétaire. Son écran réflecteur lui avait permis de s’approcher suffisamment près pour regarder la proie qu’il avait traquée à travers 4 galaxies et d’innombrables systèmes solaires. Son client n’était autre que l’immonde k’yaahrnak, un avaleur d’âme échappé de la planète-prison de l’Alliance Fédérale Stellaire.

D’après ses informateurs vénusiens, cette sinistre crapule avait réussi à prendre l’apparence inoffensive d’un gypaète à tête noire, un sympathique volatil qu’on trouvait en Amérique du sud.

Sous cette forme, il était insoupçonnable : personne ne pouvait se douter qu’il s’agissait d’un criminel monstrueux dont les victimes se comptaient par centaines. Il n’avait pas hésité à désintégrer toute une colonie dans le secteur de Proxima du Centaure uniquement pour couvrir sa fuite après un braquage.

Ses exactions en tout genre auraient fait passer la plupart des truands intergalactiques pour des enfants de chœur. On ne comptait plus les chasseurs de prime qui avaient commis l’erreur mortelle de le sous-estimer.

Yorg savait que c’était une très grosse prise, la récompense pour sa capture était de 300 000 yombiz, une vraie fortune. C’était peut-être son dernier fugitif mais pas le moins dangereux.

Il reprit son souffle, resserra sa prise sur son désintégrateur plasmique et, d’un coup, bondit devant l’abominable k’yaarhnak en criant – Ne bouge plus !! –.

La créature regarda Yorg avec ses yeux sombres et impénétrables, sans prononcer le moindre mot… Yorg resta sur ses gardes, il s’agissait peut-être d’une ruse fourbe dont les avaleurs d’âme avaient le secret.

Le temps se figea, aucun des deux protagonistes ne faisait le moindre mouvement, une goutte de sueur parcourut le front mat du chasseur de prime.

Soudain, l’animal esquissa un mouvement pour s’envoler et Yorg fit feu avec la vitesse de l’éclaire, emprisonnant l’infâme criminel dans un nuage ionique.

Il s’approcha lentement et sortit son identificateur qui lui révéla qu’il ne s’agissait pas du monstrueux k’yaarhnak mais d’un simple oiseau migrateur terrien. On lui avait donné de mauvaises informations, il fallait tout recommencer.

Yorg libera l’oiseau, rengaina son arme et sourit en pensant que les informateurs vénusiens n’étaient plus aussi fiables qu’autrefois. Il cliqua sur son téléporteur miniaturisé et se volatilisa.

Bukowsky

Vanessa Pinkerton

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Vanessa Pinkerton contempla la plage qui l’avait vu faire ses premiers pas, ici, à Miami, au beau milieu des palmiers. Depuis des années, elle ne s’approchait jamais à moins de 10 mètres d’un palmier, jamais. Et ça ne lui avait pas rendu la vie facile en Floride.

Vanessa regarda à nouveau ces palmiers qu’elle avait toujours détestés. Le premier incident était survenu lorsqu’elle avait 7 ans : son chien Doggy avait été écrasé par la chute d’un palmier atteint d’entomosporiose fulgurante. Elle aimait ce petit quadrupède plus que tout au monde.

Bien des années plus tard, c’est son amant de l’époque, le play-boy milliardaire John Lindman, qui avait fait une chute mortelle alors qu’il se balançait du haut d’un palmier mexicain pour l’impressionner. Quelle andouille se dit-elle, tout le monde sait que les palmiers sont dangereux.

Finalement, elle n’avait pas eu plus de chance quand sa meilleure amie avait été victime d’un étouffement suite à l’ingestion malencontreuse d’une feuille de palmiers lors d’un repas trop arrosé dans un restaurant thaïlandais. Pauvre Anna, fauchée en pleine jeunesse… Maudits palmiers.

Et cette série noire avait continuée lorsque Samuel Somerset, son mentor et père spirituel, avait succombé il y a quelques semaines à une infection tropicale rare transmise par l’écharde d’un peuplier du Brésil.

Vanessa regarda son assistant exécutif et ses deux gardes du corps : un peuplier, c’était peut être un signe.

Elle hésitait à se promener sous ces palmiers magnifiques qui s’offraient à sa vue, enfin libérée de cette malédiction qui la poursuivait depuis toujours.

Pourquoi ne pas essayer, rien qu’une fois… Elle aurait payé cher juste pour faire tranquillement ces quelques pas jusqu’à la plage.

Mais Vanessa connaissait la traitrise des palmiers, elle ne ferait jamais l’erreur de se livrer à ces monstres sanguinaires, elle n’était pas dupe de leurs ruses. Ils ne l’auraient jamais, elle était bien trop futée pour eux.

De son pas vif, elle se dirigea vers sa Bentley noire en souriant. Il n’était pas né le palmier qui aurait Vanessa Pinkerton.

Bukowsky

Knox

 

Knox

La chute avait été brutale, et le parachute d’Arsène avait tout juste eu le temps de se déployer.

A présent, tout endolori, il était coincé à mi-hauteur de ce foutu sapin, qui avait quand même eu le mérite d’amortir son arrivée dans cette forêt d’Ukraine.

Comment allait-il être retrouvé dans cette immensité enneigée??

Il décida de s’extraire de l’arbre, considérant que rejoindre le sol était la seule façon de s’en sortir ; (bien que, de ce qu’il pouvait apercevoir, le sol soit loin : 10m ? 15m ?) il espérait que la neige lui éviterait un écrasement pur et simple !

Par bonheur, son canif était toujours dans sa poche, et malgré les douleurs que provoquaient ses mouvements, il se mit à couper les suspentes et le driss du parachute, s’exposant alors à une seconde chute.

Un dernier coup de canif, et…trou noir !

Irina était près de lui à son réveil, elle refaisait son lit, et lui raconta comment son mari et ses beaux-frères l’avaient trouvé dans la forêt lors d’une partie de chasse, grâce au flair de knox.

(Knox, était le jeune sanglier qu’ils avaient recueilli et qu’ils élevaient dans l’espoir d’en tirer un peu de viande pour le banquet du village.)

Arsène mit plusieurs jours pour se rétablir, entouré de la famille d’Irina, Alexandre, et de Knox, qui vivait librement et paisiblement au dehors de leur maison, prenant du poids à vue d’œil !

Au moment de repartir rejoindre les siens, éperdument reconnaissant, Arsène se demandait quel présent faire à ses hôtes et sauveurs.

Considérant le peu de ressources dont ils disposaient, Arsène décida de leur faire envoyer des vivres en quantité pour cette prochaine fête de village, en échange de la liberté de Knox.

Il partit un matin de bonne heure, Knox en laisse, valise à la main, bien décidé à sauver celui qui l’avait sauvé quelques semaines auparavant. Un sourire aux lèvres, il relâcha l’animal, qui lui jeta un regard incrédule et reconnaissant, puis se mit en marche vers la petite gare de Schkourtzk…

Extrait des « Aventures insolites mais sympathiques d’Arsène Grafiot »


Par Laure Pradelle

Martha Fincher

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« Lake at Twilight » Tableau de Scott PRIOR

C’était un vendredi, et pour Martha, vendredi est jour de ménage !

Cet après-midi s’annonçait chargé, en la matière, car Doug et Charlotte, les enfants, en avaient mis partout dans le salon et dans leur chambres !!

Après un rapide tour d’horizon, elle ouvrit les fenêtres pour laisser rentrer le doux soleil d’automne, enfila son tablier, ses gants, et se lança dans l’action ; elle voulait que tout soit en ordre quand Peter rentrerait dîner.

Elle se mit à remplir des sacs poubelles, changer les draps, frotter, laver, rincer…au bout de deux heures d’efforts, elle s’octroya une petite pause sur le perron, sortit les poubelles au fond du jardin, en profita pour cueillir quelques fleurs dans les massifs qui bordaient la terrasse : « ça égaiera la maison !! » pensa-t-elle !

Puis elle se remit au travail : étendre les lessives, nettoyer les sols, les murs, les plinthes : Martha avait horreur de l’à peu près !

Enfin, quand la maison fut parfaitement propre, elle s’attaqua à la préparation du dîner : un bon gigot aux champignons ! Le plat préféré de Peter !

Certes, les enfants détestaient les champignons, mais… maintenant qu’ils reposaient en paix dans les sacs poubelles au fond du jardin, ils ne contrarieraient plus jamais ses projets culinaires ! Peter serait certainement content qu’elle ait pris cette décision !!

Justement, elle l’entendit arriver, sortir de la voiture en sifflotant et appeler «

-« Doug ?… Charlotte ?… Venez voir ce que j’apporte pour ce weekend end !! »

Elle esquissa un sourire de satisfaction…Quelle douce soirée à deux en perspective !


Par Laure Pradelle

Roland Kirckland

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Photo : J.T Miquelot

« Damned ! » se dit Roland Kirckland en regardant la forêt équatoriale qui l’entourait. Allongé au bord de ce fleuve sombre et inquiétant, il essayait de se souvenir comment il était arrivé là : rien, le blackout total.

Il était perdu au milieu de nulle part, ses deux jambes étaient déchiquetées, il perdait beaucoup de sang et ne pouvait plus bouger, dans quelques minutes il allait rejoindre le Walhalla des grands reporters.

Il fouilla difficilement dans sa poche et trouva un petit sachet qui contenait quelques feuilles d’herbe séchée. La semanasita, l’herbe des chamans séminoles, l’herbe des initiés. Ça lui revenait maintenant : c’était sur ce sujet qu’il était parti enquêter il y a plusieurs mois. Parmi ses rares souvenirs confus, il revoyait encore son chef de rédaction lui dire en rigolant qu’il allait enfin l’avoir son prix Pulitzer.

D’après la légende, cette herbe donnait le pouvoir de connaitre l’avenir. Mais il existait un léger inconvénient, ceux qui la fumaient perdaient rapidement le sens de l’orientation puis les notions du temps et de l’espace avant de sombrer dans une étrange folie. Aucun reporter n’avait plus enquêté sur ce sujet depuis la disparition de plusieurs confrères qui avaient tenté l’expérience dans les années 60.

Roland avait déjà fait ses preuves dans les enquêtes en infiltration, mais là, il avait peut être été un peu loin en fumant régulièrement la mystérieuse semanasita.

Depuis des mois, il avait d’énormes trous noirs et il lui était arrivé plusieurs fois de se réveiller à des centaines de km de son domicile dans des endroits improbables et inattendus. En fait, à ce moment précis, il ne savait plus vraiment où il habitait. Le plus curieux étaient ces étranges tatouages indiens sur ses bras.

Il vérifia qu’il avait toujours sur lui le précieux disque dur waterproof qui contenait toutes les scènes incroyables qu’il avait filmées, aux confins de l’esprit humain et de la rationalité, la légende était vraie : voir le futur était possible.

Coincé sur ce ban de sable humide, sa seule chance de décrocher son Pulitzer serait qu’un bon samaritain retrouve son corps et envoie son reportage à une rédaction quelconque. Il y avait une chance sur mille que ça arrive, il fallait absolument qu’il sache. Il avait encore quelques feuilles de semanasita, du papier et son fidèle briquet Zippo. Il sourit en pensant qu’il allait avoir la chance de connaitre son avenir…post-mortem.

Bukowsky

Jean-François Lancelot

Prison

Jean-François Lancelot ne faisait pas le malin en traversant l’aile B de la prison de Mont de Marsan, il savait que l’endroit était dangereux, c’était le territoire de ces putains de latinistes.

Ces mecs étaient de vrais fous furieux, persuadés que la civilisation avait commencé avec l’empire romain, ils méprisaient toutes autre forme de culture, même s’ils avaient une sorte de complexe d’infériorité par rapport aux hellénistes qui tenaient le bloc E.

Ici vivait le pire de l’humanité : des agrégées de lettre, d’anciens écrivains à moitié cinglés, quelques philosophes perdus et on disait même que certains profs de droit avaient rejoint leurs rangs quand les adages en latin avaient été supprimés du code civil.

Ces types ne rigolaient pas, ils pouvaient vous balancer une ou deux remarques bien senties à la cantine et vous ridiculiser devant tout le monde. Pire, ils n’hésitaient pas à planquer les meilleurs bouquins à la bibliothèque. De vraies raclures, il faudrait s’en méfier.

Dans l’autre aile, ce n’était pas mieux, la fraternité germanique faisait la loi : une bande d’érudits incontrôlables qui ne blaguaient pas avec Hegel et Kant. En philo, ils étaient redoutables et engager une discussion avec eux était aussi risqué que de sauter d’un TGV en marche.

Ces types n’avaient aucunes limites, pas de règles, et après 3 heures de discussions infernales, ils n’hésitaient pas à vous balancer des arguments percutants sur la scission indépassable entre le sujet et l’objet. Ils étaient aussi intransigeants que des ayatollahs et croyaient dur comme fer à l’Absolu.

A l’autre extrémité du bâtiment, il faudrait compter avec les fanatiques de l’hébreu ancien. Alliés aux hellénistes, ils avaient pris le contrôle de l’endroit le plus stratégique de la prison : la bibliothèque. Ces chacals avaient leurs chaises réservées et gare à ceux qui l’oubliaient… Un malheureux shintoïste avait retrouvé son exemplaire préféré de Lao-Tseu tout griffonné avec des pages déchirées, il ne s’en était jamais vraiment remis.

Ils pensaient être les seuls à comprendre les textes de l’Ancien Testament et prenaient tout le monde de haut, leurs répliques étaient violentes et brutales.

Jean-François entra dans sa cellule, ses collègues n’avaient pas l’air commodes, ils avaient ce regard halluciné de ceux qui ont passés leur vie à lire les thèses universitaires les plus rebutantes. Il sourit intérieurement, on l’avait arrêté pour simple détention de revues littéraires sans intention de revendre, il allait bientôt quitter cet enfer.

Bukowsky

David

 

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Photo : D Besse

David se trouva une fois de plus face à l’océan, l’immensité des possibles et la finitude de la condition humaine au regard de l’éternité. Kant, Hegel et Spinoza accompagnaient ses pensées lorsque, fixant l’horizon lointain à nouveau, une pensée ultime lui vint à esprit « il faut que je pense à changer mon forfait de téléphone fissa !!! »

‪Une fine pluie se mit à tomber et il décida de reprendre son chemin, du pas ferme de l’homme qui marche vers sa destinée, un léger sourire éclairait son visage.

‪Extrait de « un homme dans la tourmente métaphysique ou l’itinéraire de l’incompréhension du XXIeme siecle »

Bukowsky

Jonas Johansson

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Photo : S Laillot

De sa fenêtre, Jonas Johansson regarda le nuage de l’explosion nucléaire qui apparaissait au loin, la centrale de Nogent-sur-Seine venait d’exploser, et le petit champignon jaunâtre qui s’en dégageait n’annonçait rien de bon. Décidément, prendre ses vacances à Paris n’avait pas été une si bonne idée.

Le dernier message du gouvernement à la radio avait ordonné à tous les habitants de s’enfermer chez eux, les morts-vivants avaient envahis la ville, le chaos et l’anarchie régnaient partout. Il entendit les hurlements des derniers survivants au bas de son immeuble, les voitures abandonnées et les corps démembrés dans les rues avaient remplacé les graffitis et les touristes.

Johansson regarda la table où son fidèle briquet Zippo prenait des reflets rouge sang à la lumière du coucher du soleil. Avec un fil de téléphone en guise de cordage, quelques boites de thon à la tomate et un couteau à bout rond il était paré. Alors que les dernières voitures quittaient la ville dans la précipitation, il restait calme et concentré, il en avait vu d’autres.

En 88, au fin fond de la Laponie, il s’était battu à mains nues avec un écureuil qui lui avait volé son sandwich et la cicatrice sur son petit doigt était toujours visible. C’était encore lui qui avait survécu à l’attaque d’une oie sauvage qui s’était jetée sur lui avec une violence inouïe alors qu’il se reposait tranquillement dans un square de Stockholm, il y avait laissé un gant tout neuf ! Et au rayon des performances physiques, il avait aussi de quoi faire… A cet instant, figé sur lui-même, il se remémora le jour où, sous les yeux ébahis de ses proches, il était arrivé second d’une course en sac à patates organisée par son collège, il n’avait que 17 ans.

D’un geste assuré, Johansson prit son sac Eastpak préféré, le bleu ciel qu’il prenait souvent pour aller à la gym, et y rangea son kit de survie improvisé. Pour rejoindre Stockholm, il n’avait que 1545 km à parcourir en plein hiver, au beau milieu d’une épidémie qui décimait l’humanité toute entière, autant dire qu’il était plutôt confiant.

D’un pas assuré, il se dirigea vers la porte, puis s’arrêta et esquissa un sourire : les morts-vivants pourraient toujours essayer de l’arrêter, Johansson en avait vu d’autres.

Bukowsky