
Une dernière fois, Sam Windlock regarda ces décors vides et abandonnés. Dans ces locaux déserts, les caméras ne filmeraient plus et les éclairages professionnels feraient place à l’obscurité. Les studios avaient fait faillite, c’était la fin d’une époque, les techniciens et les artistes qui bossaient ici autrefois n’étaient plus que des fantômes.
Le souvenir de tous les bons moments qu’il avait passés sur ces plateaux serrait son cœur. C’est ici qu’il avait fait ses premiers pas dans le métier, un peu par hasard, dans les années 70.
Il avait fait presque tous les jobs : électro, machino, cadreur et finalement assistant réal. Il avait appris sur le tas, patiemment, avec la persévérance des gens qui sont passionnés par leur métier. Attentif aux détails, toujours prêt à faire face aux changements de dernière minute, il avait su se faire apprécier de tous et réussi à gagner ce qu’il y a de plus précieux dans la profession : le respect.
Pendant des années, il avait enchainé les tournages, parfois pendant plusieurs semaines consécutives, souvent 12 ou 14 heures par jour. Sa vie privée en avait pris un coup mais la passion avait toujours eu le dernier mot.
La chance de faire le grand saut s’était présentée en 87 quand le réalisateur australien d’un film à gros budget avait planté la production en plein milieu d’un tournage. Il ne les avait pas déçu, loin de là, le public n’en était pas revenu. C’est depuis ce tournage là qu’on lui avait donné ce surnom qui ne l’avait jamais quitté : le magicien.
Par la suite, sa carrière avait connu des hauts et des bas, mais il avait toujours gardé la flamme, l’envie de donner le meilleur de lui-même sur chaque production.
Malgré tout, il fallait se rendre à l’évidence, petit à petit ce métier avait été miné par la concurrence et les nouvelles technologies. Le cinéma qu’il avait connu était en train de disparaitre. Les artisans et les esthètes comme lui devaient se retirer, leur temps était passé.
Sam reprit ses scriptes et referma la porte du petit local qui lui servait de bureau, il n’y reviendrait plus jamais. Avec un sourire de dépit, il regarda son dernier scenario dont le titre en lui-même était une promesse : Le retour de Sperminator.
Bukowsky