Yorg Klomig

 

gypaet

– Le voilà, ce petit salopard – se dit Yorg Klomig, le chasseur de primes le plus redouté de tout le système interplanétaire. Son écran réflecteur lui avait permis de s’approcher suffisamment près pour regarder la proie qu’il avait traquée à travers 4 galaxies et d’innombrables systèmes solaires. Son client n’était autre que l’immonde k’yaahrnak, un avaleur d’âme échappé de la planète-prison de l’Alliance Fédérale Stellaire.

D’après ses informateurs vénusiens, cette sinistre crapule avait réussi à prendre l’apparence inoffensive d’un gypaète à tête noire, un sympathique volatil qu’on trouvait en Amérique du sud.

Sous cette forme, il était insoupçonnable : personne ne pouvait se douter qu’il s’agissait d’un criminel monstrueux dont les victimes se comptaient par centaines. Il n’avait pas hésité à désintégrer toute une colonie dans le secteur de Proxima du Centaure uniquement pour couvrir sa fuite après un braquage.

Ses exactions en tout genre auraient fait passer la plupart des truands intergalactiques pour des enfants de chœur. On ne comptait plus les chasseurs de prime qui avaient commis l’erreur mortelle de le sous-estimer.

Yorg savait que c’était une très grosse prise, la récompense pour sa capture était de 300 000 yombiz, une vraie fortune. C’était peut-être son dernier fugitif mais pas le moins dangereux.

Il reprit son souffle, resserra sa prise sur son désintégrateur plasmique et, d’un coup, bondit devant l’abominable k’yaarhnak en criant – Ne bouge plus !! –.

La créature regarda Yorg avec ses yeux sombres et impénétrables, sans prononcer le moindre mot… Yorg resta sur ses gardes, il s’agissait peut-être d’une ruse fourbe dont les avaleurs d’âme avaient le secret.

Le temps se figea, aucun des deux protagonistes ne faisait le moindre mouvement, une goutte de sueur parcourut le front mat du chasseur de prime.

Soudain, l’animal esquissa un mouvement pour s’envoler et Yorg fit feu avec la vitesse de l’éclaire, emprisonnant l’infâme criminel dans un nuage ionique.

Il s’approcha lentement et sortit son identificateur qui lui révéla qu’il ne s’agissait pas du monstrueux k’yaarhnak mais d’un simple oiseau migrateur terrien. On lui avait donné de mauvaises informations, il fallait tout recommencer.

Yorg libera l’oiseau, rengaina son arme et sourit en pensant que les informateurs vénusiens n’étaient plus aussi fiables qu’autrefois. Il cliqua sur son téléporteur miniaturisé et se volatilisa.

Bukowsky

Vanessa Pinkerton

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Vanessa Pinkerton contempla la plage qui l’avait vu faire ses premiers pas, ici, à Miami, au beau milieu des palmiers. Depuis des années, elle ne s’approchait jamais à moins de 10 mètres d’un palmier, jamais. Et ça ne lui avait pas rendu la vie facile en Floride.

Vanessa regarda à nouveau ces palmiers qu’elle avait toujours détestés. Le premier incident était survenu lorsqu’elle avait 7 ans : son chien Doggy avait été écrasé par la chute d’un palmier atteint d’entomosporiose fulgurante. Elle aimait ce petit quadrupède plus que tout au monde.

Bien des années plus tard, c’est son amant de l’époque, le play-boy milliardaire John Lindman, qui avait fait une chute mortelle alors qu’il se balançait du haut d’un palmier mexicain pour l’impressionner. Quelle andouille se dit-elle, tout le monde sait que les palmiers sont dangereux.

Finalement, elle n’avait pas eu plus de chance quand sa meilleure amie avait été victime d’un étouffement suite à l’ingestion malencontreuse d’une feuille de palmiers lors d’un repas trop arrosé dans un restaurant thaïlandais. Pauvre Anna, fauchée en pleine jeunesse… Maudits palmiers.

Et cette série noire avait continuée lorsque Samuel Somerset, son mentor et père spirituel, avait succombé il y a quelques semaines à une infection tropicale rare transmise par l’écharde d’un peuplier du Brésil.

Vanessa regarda son assistant exécutif et ses deux gardes du corps : un peuplier, c’était peut être un signe.

Elle hésitait à se promener sous ces palmiers magnifiques qui s’offraient à sa vue, enfin libérée de cette malédiction qui la poursuivait depuis toujours.

Pourquoi ne pas essayer, rien qu’une fois… Elle aurait payé cher juste pour faire tranquillement ces quelques pas jusqu’à la plage.

Mais Vanessa connaissait la traitrise des palmiers, elle ne ferait jamais l’erreur de se livrer à ces monstres sanguinaires, elle n’était pas dupe de leurs ruses. Ils ne l’auraient jamais, elle était bien trop futée pour eux.

De son pas vif, elle se dirigea vers sa Bentley noire en souriant. Il n’était pas né le palmier qui aurait Vanessa Pinkerton.

Bukowsky