
Photo : S Laillot
De sa fenêtre, Jonas Johansson regarda le nuage de l’explosion nucléaire qui apparaissait au loin, la centrale de Nogent-sur-Seine venait d’exploser, et le petit champignon jaunâtre qui s’en dégageait n’annonçait rien de bon. Décidément, prendre ses vacances à Paris n’avait pas été une si bonne idée.
Le dernier message du gouvernement à la radio avait ordonné à tous les habitants de s’enfermer chez eux, les morts-vivants avaient envahis la ville, le chaos et l’anarchie régnaient partout. Il entendit les hurlements des derniers survivants au bas de son immeuble, les voitures abandonnées et les corps démembrés dans les rues avaient remplacé les graffitis et les touristes.
Johansson regarda la table où son fidèle briquet Zippo prenait des reflets rouge sang à la lumière du coucher du soleil. Avec un fil de téléphone en guise de cordage, quelques boites de thon à la tomate et un couteau à bout rond il était paré. Alors que les dernières voitures quittaient la ville dans la précipitation, il restait calme et concentré, il en avait vu d’autres.
En 88, au fin fond de la Laponie, il s’était battu à mains nues avec un écureuil qui lui avait volé son sandwich et la cicatrice sur son petit doigt était toujours visible. C’était encore lui qui avait survécu à l’attaque d’une oie sauvage qui s’était jetée sur lui avec une violence inouïe alors qu’il se reposait tranquillement dans un square de Stockholm, il y avait laissé un gant tout neuf ! Et au rayon des performances physiques, il avait aussi de quoi faire… A cet instant, figé sur lui-même, il se remémora le jour où, sous les yeux ébahis de ses proches, il était arrivé second d’une course en sac à patates organisée par son collège, il n’avait que 17 ans.
D’un geste assuré, Johansson prit son sac Eastpak préféré, le bleu ciel qu’il prenait souvent pour aller à la gym, et y rangea son kit de survie improvisé. Pour rejoindre Stockholm, il n’avait que 1545 km à parcourir en plein hiver, au beau milieu d’une épidémie qui décimait l’humanité toute entière, autant dire qu’il était plutôt confiant.
D’un pas assuré, il se dirigea vers la porte, puis s’arrêta et esquissa un sourire : les morts-vivants pourraient toujours essayer de l’arrêter, Johansson en avait vu d’autres.
Bukowsky